Longue lettre originale de Charles Maurras à Jhouney, Paris - Lot 142

Lot n° 142
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Estimation :
300 - 500 EUR
Longue lettre originale de Charles Maurras à Jhouney, Paris - Lot 142
Longue lettre originale de Charles Maurras à Jhouney, Paris 11 octobre 1891. 20 pages. Reliure Semet et Plumelle en maroquin rouge, dos à nerfs, tête dorée, sous étui. "Mon cher Jouhaney / Pardonnez-moi d'être si lent à vous envoyer mon merci; mais voilà quinze jours que je vis dans le changement. Je change de Journal. Je change de logis. Et, recevant de vous les lignes les plus éloquentes, les plus amicales, permettez moi de vous dire aussi les plus flatteuses, je voulais y répondre à tête reposée. J'essaie. Ma gratitude, vous le devinez. Je veux vous dire en même temps ma joie. C'est votre étude sur le Cri qui m'a fait véritablement le plus de plaisir. Que vous avez raison d'estimer le métaphysicien adepte des querelles nerveuses, nées du mauvais entendement d'un mot ou la construction défectueuse d'une phrase! Que vous avez raison de croire qu'un art sans âme, sans explosion, d'humanité, est un art inférieur! Seulement nous voilà de la même opinion - et je ne veux pas que notre ami Guigon y veuille contredire. Je le sais bien trop épris de sentiment, de mystère et de ?. Mais nous nous étions mal expliqués ou *jules *bois nous avait mal compris. Que dirais-je vous mon "Moreas"? Que Paul Verlaine est un très grand poete qu'il est doué d'une âme- vous entendez je pense: d'une âme originale; d'une âme qui vaut la peine d'être connue, aimée pour elle même; d'une sensibilité tellement particulière que ses plus banales démarches renferment quelque chose d'interessant et de curieux; parce que, pour tout dire, eut dit Montaigne, elle est elle et que nous. Meilleur ou plus droit que nous tous, Velaine avait en decouvrant en lui, découvert la région profonde où les sentiments personnels pompent et mêlent leurs racines d'un obscur réseau de sympathie, pour ne pas dire d'identités... J'aurai pu ajouter que cette découverte ne fut pas chez Verlaine une affaire d'esthétique ( il avait fortement condamné le "mussetisme" et le "lamartinisme" dans les poemes saturniens) Ce fut la vie, ce fut l'expérience de la douleur et de l'amour qui lui enseignèrent ces choses. Et je blâmais, pour ma part dans mon opuscule, les jeunes gens qui veulent atteindre aux mêmes profondeurs que le divin poète de ?, guidés par d'autres maîtres que le vie, l'Amour et la Douleur. Vouloir être "sincère" c'est d'abord ( comme l'a bien fait observer Guigou) vouloir une chose infiniment difficile et qui requiert plus de génie que toute autre ambition; et c'est, en outre, se condamner presque fatalement à jouer une comédie. Vouloir pousser des cris, des cris humains, pour ne pas ressembler à MM du Parnasse ou de l'Académie, c'est se préparer plus ou moins à écrire un équivalent des Morphemes de M. Jean Richepin. Poser en esthétique, le dogme "ayons de l'âme", c'est aboutir à la grimace de l'épilepsie. _N'est -il pas admirable que de trois grands poètes passionnés qu'ait eu e XIXe siècle, Lamartine, Musset et Verlaine, - le premier n'ait pas eu d'esthétique préconcue; le second ait professé la théorie dandyste de détachement jusqu' à la souffrance; et que le troisième ait été parnassien et des plus fanatiques? C'est que l'inconscient doit éviter de le formuler, de le systématiser- ou bien il perd sa qualité la plus essentielle. Il ne faut pas dire aux jeunes poètes: Ayez de l'âme. Mais il faut leur donner tous les éclaircissements, d'ordre intellectuel, mé?, technique, dont leur Psyché aura besoin d'avoir senti la discipline à l'heure trouble où vibreront les premières ardeurs. Et que le problème est complexe ! ce que je suis heureux que vous m'ayez fourni l'occasion d'y toucher. Car dans ce livret, je visais simplement quelques hommes ui, en prose et en vers, remplaçaient la notion de beauté par celle de leur personnalité et croyaient qu'il leur suffirait de devenir très singuliers pour enfanter de grands chefs d'oeuvre. Nos aînés ne sont pas exempts de ce défaut. Rappelez vous la préface que Maupassant plaça en tête de Pierre et Jean et des mots qu'il prêtait, peut être sans méprise, au vieux Flaubert: "Restez en face de ce feu... Attendez qu'il vous apparaisse différent de tous les autres feux que vous avez vus... etc" L'esthétique déformatrice des Huyslan et es Hennequin est toute en germe dans ces péroles du créateur le Saint Antoine. L'Ethique, même erreur. ? vous , par exemple, de l'avis de Barrès ? la culture du moi ! J'aime infiniment la personne, l'art de ce moraliste. Mais pour la théorie de l'Homme Libre, je crois bien qu'elle va faire pulluler incroyablement cette espèce de médiocres personnels. Cela commence, et c'est déjà une grande calamité. Il est temps que le concept d'un ordre se relève dans les esprits. Car rien de grand ne peut se faire si les microbes se ? jusqu' à ? des pensées et si la seule autorité qu'ait remplacé la Foi (je veux dire la Mode) perd la moitié de ses sujets. En somme, ayons de l'âme s'i
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